UN ACCOMPAGNEMENT EST TOUJOURS POSSIBLE
Dans le cadre de ses buts "proposer aide et orientation aux victimes des sectes", Vigi-Sectes se doit d'être le promoteur de réflexions et d'actions qui prennent en compte les difficultés de l'après secte.
Le centre de nos préoccupations reste la personne, sa souffrance, sa quête, ses idéaux, ses désillusions, son histoire. Quand nous sommes confrontés à la détresse d'autrui, nous ne pouvons pas rester impassibles. Alors un travail d'accompagnement est nécessaire, indispensable. Par contre il ne doit pas être fait n'importe comment car une bonne volonté est toujours utile mais insuffisante pour répondre à des critères de qualité pour un accompagnement des sortants de sectes ou de leur famille. De plus une partie de notre travail est orienté vers les personnes qui expriment leurs besoins spirituels, qui ont le désir de cheminer en toute liberté et d'être accompagnés avec respect. Chacun sait qu'il est toujours bien difficile et délicat d'aider.
Cet article veut nous faire prendre conscience de l'indispensable insertion et intégration culturelle dont ont besoin les ex-adeptes pour reprendre une vie normale. En effet le passage dans une secte a été un temps d'assimilation d'une autre manière de pensée, de vivre : en bref une autre culture, une autre vision du monde. Là un "travail de suite" est nécessaire pour débusquer et déraciner ces emprises qui détruisent le libre-arbitre. Cet écrit veut aborder le "comment ?".
Il nous paraît évident que tous les problèmes ne sont pas les mêmes pour chaque personne sortant d'une secte. Nous devons aussi signaler que ces différentes difficultés sont vécues à des degrés divers par les anciens adeptes. Nous examinerons, dans le premier chapitre, les problèmes que rencontrent les sortants de secte d'abord au niveau psychologique, ceux d'ordre social et ceux d'ordre physique.
Ensuite nous essayerons de proposer quelques solutions pour répondre aux
besoins des sortants de secte en tenant compte des cadres collectifs, familiaux
et personnels.
I / LES DIFFICULTÉS DE L'APRES SECTE.
1 / Les problèmes d'ordre psychologique.
Lorsque l'individu sort de la
secte il est à nouveau confronté à sa propre personne. Il doit apprendre à
reconnaître les attitudes, les pensées apprises, inculquées par la secte,
pour s'en débarrasser et ainsi redevenir lui-même. C'est un travail qu'il
est très difficile de réaliser seul, voire impossible.
Mais lorsque l'on se dépouille de ces masques si longtemps portés, il n'est
pas aisé non plus de se retrouver face à soi-même car irrémédiablement les
problèmes de "l'avant secte" resurgissent.
Voilà au moins deux fronts sur lesquels il faut lutter en même temps. Ces
difficultés et bien d'autres entraînent la personne vers la dépression. La
secte s'est emparée de la personne. La secte a abusé, a rendu dépendant, a
influencé l'être humain afin qu'il reste de lui-même en son sein. L'individu
s'est donné volontairement à une imposture. La rage, la frustration et la
honte d'avoir été bafoué, nié, peuvent laisser des séquelles irrémédiables
qui aboutissent quelquefois au suicide de l'ancien adepte.
Nous soulignons que le fait d'être sorti du mouvement sectaire physiquement ne veut pas pour autant dire que la pensée de la personne en soit délivrée. En effet un certain nombre gardent les valeurs, les espérances et l'idéologie de la secte.
Alors que propose la société
? Si l'ex-adepte perd son cadre de référence ou plutôt celui de la secte,
il devient urgent pour lui d'en construire un autre.
Notre culture quelle qu’elle soit est sous le joug du relatif. La compréhension
du bien et du mal, la vérité, sont différentes selon les époques et les sociétés.
Il est tout aussi enrageant de se rendre compte de l'aspect manipulatoire
de notre mode de vie occidental (dans le sens où il nous fait croire que ses
valeurs sont absolues). L'ancien adepte particulièrement sensibilisé par l'échec,
ne peut intégrer les valeurs que lui propose ou lui impose la société.
Pourquoi faire confiance à un système de valeurs plutôt qu'à un autre ?
A côté de cela, le désir de relation véritable et le besoin affectif sont énormes. Cette demande est elle-même parallèle à un constat : le passage dans la secte, ce temps plus ou moins long est un temps de rupture avec l'entourage. Après la secte, certains n'ont plus de famille (divorce etc.), plus d'amis et très souvent ils subissent les pressions de leurs anciens compagnons de route.
Il ne faut pas croire que les sectes laissent partir leurs adeptes, au contraire, certaines font tout pour les récupérer ou les détruire jusqu'à l'utilisation de la force, en passant par les menaces et les pressions psychologiques (coups de téléphone, injures, diffamation publique par révélation d'informations divulguées lors d'entretiens dans la secte, exclusion du groupe sous prétexte de discipline).
L'isolement est une réalité pour les anciens adeptes. Le contraste peut paraître tellement fort entre la société et une "certaine qualité de vie" à l'intérieur de la secte que parfois l'ancien adepte peut être tenté d'y revenir de lui-même (dans celle-là ou une autre) toujours à la recherche d'un épanouissement individuel.
2/ Les problèmes d'ordre social.
Lorsque le miroir se brise et que la personne se retrouve seule, qu'elle prend conscience qu'elle n'a réalisé aucun de ses idéaux, qu'elle a détruit une partie de sa vie et celle de ses proches, elle est marginalisée.
Les ex-adeptes passent d'une vie relationnelle forte à la solitude, accompagnés de l'impression d'être devenus des personnes inutiles. Cette perte d'une vie intense est douloureuse et le sortant de secte cherche par quoi il pourrait la remplacer, généralement sans y parvenir.
Les anciens adeptes sont souvent
prêts à toutes les folies pour quitter les secteurs susceptibles d’être des
lieux de rencontre possible avec leur anciens frères et sœurs. Selon le temps
passé dans une secte, l'ex-adepte est très fréquemment devenu un bénévole
au sein du groupe, il a quelquefois quitté son travail, sa famille, et a vécu
en marge de la société. Ou bien, si la personne et sa famille n’ont pas vécus
en communauté la secte prend certainement la plupart de leur temps libre.
Cela se fait au travers d’activités diverses, fortement conseillées, afin
d’avoir sa place au sein du groupe. Le retour à une vie sociale équilibrée,
la réadaptation au quotidien des anciens adeptes sont compromises par des
difficultés financières. Ils sont ruinés, ou fortement endettés voire dépouillés
de leurs biens.
De plus, le groupe totalitaire crée une dépendance financière et joue de celle-ci
pour créer une soumission sous couvert d’influences ou d’échanges réciproques
(il est vrai que les sectes n’ont pas le monopole de cette pratique, certaines
entreprises ne se gêne malheureusement pas).
Les dettes sont contractées par l'intermédiaire de prêts bancaires soit pour
faire des dons à la secte soit pour acheter des enseignements permettant soi-disant
un processus de maturation sur le chemin de la Vérité, faisant miroiter une
valorisation alléchante : la montée en grade dans la secte (comme une sorte
d'ascension professionnelle). Repartir dans la vie avec un poids financier
sur les épaules rend la tâche de l'insertion bien difficile.
En tant qu'ex-bénévole, le sortant de secte n'a pas de fiches de paye pour
justifier de son travail effectué à l'intérieur du groupe. Cette absence a
pour effet l'impossibilité de trouver un logement et du travail, donc une
reconnaissance sociale. Les propriétaires de logements demandent certaines
garanties surtout financières, notamment la preuve de la solvabilité du locataire,
fournies par les fiches de paye.
Dans les démarches de recherche d'emploi, que raconter à l'employeur ?
Comment expliquer un trou de "x" années dans le curriculum vitae
?
Cette absence de fiches de paye entraîne une autre difficulté, celle d'un refus de couverture sociale par les organismes concernés car les cotisations obligatoires n'ont pas été versées (sécurité sociale, assédic, etc...).
L'ancien adepte peut aussi rencontrer une autre difficulté dans le monde du travail : celui de se soumettre aux directives d'une hiérarchie. Notre démarche ne veut pas dévaloriser la personne mais dénoncer les conséquences des influences destructurantes qu'elle a vécu.
Nous ne voulons et ne pouvons pas tout voir d'une manière négative car l'ancien adepte a pu acquérir de nouvelles compétences au sein du groupe sectaire dont il pourra se servir ultérieurement dans le monde du travail (ex : l'artisanat, suite à l'ascension dans la secte l'apprentissage d'un certain leadership). Une autre raison sociale pour une réinsertion difficile : il existe des structures d'accueil pour les anciens alcooliques, les drogués, les gens sortis de prison ou d'hôpitaux psychiatriques etc., mais rien pour ceux qui sortent d'une secte, pas de lieu d'accueil, de parole.
Aucun soutien professionnel,
or, pour chaque démarche administrative l'ex-adepte est confronté à l'incompréhension
des pouvoirs publics, en plus des raisons invoquées plus haut. La loi permet
aux sortants de secte d'obtenir au moins le R.M.I., pour cela il convient
de constituer un dossier, de donner le maximum de renseignements sur soi.
Expliquer pourquoi on s'est retrouvé sans travail, donc parler de son expérience
dans la secte, se retrouver devant une personne qui ignore tout des relations
de dépendance et le considère parfois comme un "gogo", un "paumé"
ou même un "cinglé".
Sans compter que l'ex-adepte ne réalise pas encore bien lui-même ce qui lui
est arrivé. Cette incompréhension pose en général un autre problème, celui
de la confiance qui, par son absence, laisse la place à la méfiance.
En effet la question se pose
: peut-on renouveler notre confiance à un ex-adepte de secte ?
Et déjà, comment peut-il lui-même avoir confiance en ses propres jugements
devant le constat d'un tel échec ?
Est-ce qu'il peut tout simplement lui aussi de nouveau avoir confiance en
quelqu'un ?
Ne serait-ce que pour la prise en charge de ses problèmes d'ordre physique.
3/ Les problèmes d'ordre physiques.
La rencontre avec le milieu médical peut paraître à première vue comme allant de soi. Mais il n'en est rien, car lors de son passage dans la secte, l'ex-adepte peut avoir été conditionné à se méfier du corps médical.
On ne peut enlever d'un coup
de baguette magique une telle manière de pensée.
En réponse au pourquoi de cette appréhension, deux raisons nous viennent à
l'esprit.
La première est d'ordre pratique : dans un suivi médical on fait appel à des agents extérieurs, les médecins, les infirmières, qui ne font pas partie de la secte. Refuser un regard médical, c'est une manière d'éviter tout contrôle venant de l'extérieur.
La seconde est religieuse : souvent la spiritualité sectaire invite à la rupture entre le corps et l'âme suivant le schéma platonicien (le corps est une prison pour l'âme) : primauté de l'âme sur le corps et en même temps celui-ci est dénigré (le corps à une place essentielle dans la spiritualité chrétienne contrairement à ce que certains en disent).
Ainsi les maux physiques sont anormalement interprétés comme des maux de l'esprit (nous ne parlons pas ici des maladies psychosomatiques).
Cette manière de percevoir la
douleur peut rester très présente chez l'ancien adepte et l'empêcher de prendre
contact avec un médecin. Car la spiritualité sectaire pose des regards d'incompétence
sur le corps médical pour venir à bout de telle ou telle maladie qui viendrait
de la dimension spirituelle.
Une fois sorti de la secte, il est certain que le respect de son corps fera
l'objet d'une rééducation. Le fait d'avoir été membre d'une secte est très
stressant.
Dans ces conditions il est parfaitement normal d'avoir des troubles du sommeil
ou de dormir beaucoup, de manger beaucoup ou de ne pas avoir faim. On pourrait
se demander ce qu'il y a de si terrible à être passé entre les mains d'une
secte pour le bon fonctionnement du corps.
L'ancien adepte a vécu une phase de conditionnement physique qui a eu pour effet d'annihiler sa capacité d'autocritique.
Trois points sont généralement
touchés : l'insuffisance alimentaire, la fatigue musculaire, la privation
de sommeil (les activités de la secte prennent toute la place dans la vie).
Le corps a besoin de retrouver son équilibre physique dont l'hygiène (au sens
général) fait partie.
Réapprendre à écouter, à prendre en compte et à prendre soin de son corps
est vital pour l'ancien adepte.
II / VERS UNE INTEGRATION POSSIBLE.
1 / L'aspect collectif.
Après avoir passé en revue quelques aspects des différentes difficultés auxquelles se heurte un sortant de secte nous faisons place maintenant à quelques propositions de solutions qui font écho à cette première partie. Ici, c'est le problème de la prise en charge qui se pose et plus particulièrement de celui qui va l'offrir.
Nous commencerons en entrant
dans la dimension collective de la prise en charge puis nous passerons à l'aspect
individuel.
Comme nous l'avons souligné plus haut, la France, les pouvoirs publics, n'offrent,
(à notre connaissance), aucun circuit de soutien spécifique aux sortants de
sectes dans tous les domaines touchant la personne et sa vie quotidienne :
pas d'institutions spécialisées, pas de lieux d'accueil, de parole : c'est
le néant.
Devant les carences de notre
système social des associations se lèvent et prennent le flambeau.
Mais aujourd'hui elles n'ont pas les moyens d'avoir une action professionnelle
de qualité.
Une autre forme de lutte au niveau
des associations nous paraîtrait intéressante à envisager. Elle exigerait
un certain partenariat entre les associations qui ont des contacts avec les
anciens adeptes ou ceux qui sont en train de le devenir et des associations
médico-sociales qui peuvent offrir non seulement des structures d'accueil,
mais aussi qui par leur savoir-faire social ont la reconnaissance des organismes
payeurs.
Ce serait une ouverture possible du monde du social pour la prise en compte
des problèmes que posent les sectes à la société et aux individus.
Cette structure hypothétique serait un lieu d'accueil ouvert sur l'extérieur où famille et amis pourraient participer sans s'imposer, un lieu de parole où la tolérance serait vitale. Nous comprenons par "tolérance" le respect de la différence culturelle et religieuse.
Le mot clé ici c'est la différence
car elle présuppose deux visions du monde face à face potentiellement en conflit
(les postulats de la secte face aux postulats de notre société).
Nous serions en présence d'une conception qui accepterait de ne pas être imposée
mais présentée à autrui pour lui laisser le libre choix de ses propres convictions
afin de les construire dans l'échange.
Et enfin un lieu de vie où les personnes sortant de sectes pourraient trouver un refuge dynamique, stable et sécurisant.
A la charnière du collectif et de l'individu nous avons la famille et le rôle qu'elle peut prendre dans l'intégration de la personne à la société. La famille est en général bien soulagée que l’être aimé soit de retour à la maison, c'est un moment de grande joie.
Les familles peuvent être la source d'un grand soutien et d'encouragement pour le sortant d'une secte. Pendant les hauts et les bas de la réadaptation, elle peut être présente avec son amour et sa compréhension pour écouter et valoriser.
Des années de communication tendue peuvent s'évanouir lorsque de nouveaux souvenirs d'amour et de rire remplacent les années de frustration et d'angoisse.
La famille peut avoir un rôle
décisif dans une insertion plus rapide et solide en acceptant de donner un
environnement propice. La réadaptation demande beaucoup de temps.
Il est bien difficile de ne pas contrôler ni d'être trop protecteur. Le pardon
de ces années volées, du temps perdu et de la souffrance occasionnée doit
être exprimé (ce n'est pas nier l'expérience sectaire, bien au contraire,
c'est l'accepter comme souffrance afin de mettre de l'amour dans cette souffrance
; c'est en faire le deuil ) car le poids de cette culpabilité peut-être écrasante
pour l'ancien adepte.
Mais là, la famille doit aussi reconnaître ses limites dans l'aide adéquate
à apporter à l'ancien adepte. Il est donc nécessaire que la famille du sortant
de secte accepte l'aide d'un ex-adepte déjà réinséré.
L'expérience de celui-ci peut être bien utile car il est certainement passé par les mêmes expériences douloureuses et pourra offrir les moyens d'en sortir plus rapidement ou simplement de la compréhension.
La famille est aussi limitée pour répondre aux besoins d'ordre juridique, psychologique ou à l'accompagnement social de l'ex-adepte. Ce passage intermédiaire de la famille nous permet de regarder maintenant à la personne.
2 / L'aspect individuel ¹.
Il nous paraît intéressant de souligner dans ce cadre les aspirations de l'individu au bonheur, à l’épanouissement personnel, à la vérité, à cet élan vers ce qui ne fait pas partie de la réalité de son quotidien, et d'un appel la spiritualité.
Pour l'ex-adepte le rapport entre l'idéal et la réalité est à notre avis, par la confrontation de ces deux notions, un des points pertinents qui éclaire notre compréhension au sujet d’une aspiration à une vie meilleure : l’entrée dans la secte.
Nous pensons que tout un chacun possède ce désir. La différence avec un sortant de secte est simple, lui, il est passé à l'acte. Il est parti à la recherche de son souhait en s'investissant dans un groupe sectaire.
Nous allons donc nous interroger
sur leur interaction. “ Pour le dictionnaire Robert "L'idéal, c'est ce
qu'on se représente comme un modèle absolu". Ce qui se représente dans
l'idéal, c'est la vie telle que je la souhaite.
Pourquoi vouloir vivre un idéal ? Parce que la vie est décevante, insatisfaisante.
Livrée à elle-même, elle est d'une certaine manière trop dure. Pour retrouver
du sens, la vie a besoin de sortir d'elle-même.
Pour se sauver de sa brutalité intolérable, la vie va se représenter dans
l'idéal, mais elle va alors se représenter transformée, transfigurée, débarrassée
de sa misère, libérée de cette brutalité.
C'est justement ce que proposent les sectes : la construction de cet idéal
sur terre. Le dialogue supposé salutaire de l'idéal et de la réalité est en
fait un dialogue de sourds. Dans ce soi-disant dialogue, il n'y a pas d’accord
possible car la personne se trouve vite dans l'obligation de choisir entre
trois déceptions : d'abord l'épuisement qui opère une sorte de va et vient
entre idéal et réalité, en multipliant les missions de bons offices, essayant
de faire vivre un dialogue de conciliation entre deux pôles inconciliables.
Ensuite la trahison, c'est le lot de ceux qui ne peuvent plus supporter de
vivre écartelés. Ceux qui ne peuvent plus opérer l'incessante, épuisante et
décevante navette.
Finalement le complice nécessaire de l'idéal est le mensonge dont les sectes usent et abusent (les fausses prophéties des Témoins de Jéhovah, en ce moment celles de Paco Rabane, et la voyance ou l’astrologie qui structurent la personne sur le fatalisme).
Ne faut-il pas alors se résoudre
à aménager "une voie moyenne" faite de marchandages constants et
secrets, souvent honteux, entre le poids de la vie et l'exigence de l'idéal,
une sorte de zone sacrifiée qui rime trop souvent avec "personnes sacrifiées".
C'est la médiocrité. La personne n'a pas à viser un idéal mais à aspirer à
"être" de nouveau.
Là nous devons prendre conscience que l'insertion des ex-adeptes ne se fait pas en un bond : elle est tout au contraire l'achèvement d'un parcours, le but, l'accomplissement d'une course.
C'est faire vivre le possible, cela veut dire que l'on n'accepte pas de subir passivement la vie, c'est refuser de désespérer, de capituler, c’est combattre toutes les formes de fatalisme.
Cette lutte se confond avec celle
de l'espérance de retrouver une vie équilibrée et équilibrante.
C'est ce combat actif et si personnel au sein de la vie qui peut permettre
l'insertion. C’est être sujet et/ou acteur de sa vie.
Mais pourquoi cette incertitude devant la réinsertion ?
Parce qu'une des difficultés constitutives de l'épreuve de la vie quoiqu'on
fasse c'est qu'il y a un risque d'échec.
On peut ne pas réussir lorsqu'on accepte d'entrer dans le monde des vivants, c'est un peut-être. Le possible est quelque chose qui peut être et qui peut ne pas être. Mais là une autre figure se dessine, c'est celle de la patience qui est la force contre le découragement, la force contre la lenteur, la force contre le fatalisme.
Nous avions aussi parlé d'une
aspiration au spirituel. Celle-ci est trop souvent niée ou simplement écartée
comme étant peu importante.
Le désir d'une vie meilleure, l'aspiration au bonheur, font partie de cette
quête d'un idéal.
Alors nous posons cette question : si la secte a été si puissante pour faire
entrer en dépendance ses ex-membres, peut-on croire ce qu'elle enseigne sur
le spirituel ?
Cette question est vitale car les filets sectaires ne sont pas seulement physiques, la secte contrôle les adeptes par les idées. Et les idées sont communiquées par l'enseignement, généralement sous forme spirituelle. Cela nous amène à affirmer l'importance d'une connaissance du "domaine de la Religion".
Nous ne voulons pas nier les difficultés de compréhension, bien au contraire. Mais nous désirons plutôt saisir les implications des visions du monde sectaire dans les mentalités afin de comprendre l'enseignement d'une secte le plus objectivement possible sans devenir simpliste.
Je reste persuadé que la cause
de notre fragilité devant le phénomène sectaire dans nos sociétés occidentales
provient d’une carence d’enseignement dans le domaine spirituel.
Maintenant il nous paraît évident que nous avons besoin d'une référence spirituelle,
nous choisissons de manière arbitraire pour des raisons historiques et culturelles
: la Bible.
Ici nous devons signaler une
difficulté, l'approche de la spiritualité reste aujourd'hui encore délicate
car de nombreuses personnes en sont encore à des idées telle que "la
religion est l'opium du peuple".
Et ainsi ne elles peuvent voir cette aspiration au spirituel que comme quelque
chose de louche et les réponses faites dans ce domaine que comme des escroqueries.
Il me semble essentiel pour qu'une
personne puisse comprendre avec respect l'ex-adepte qu'elle ait dépassé ce
stade.
Car devant ce problème majeur d'incompréhension, la peur de l'ex-adepte au
sujet de l'internement psychiatrique, la peur d'être pris pour un malade mental
fait que le sortant de secte se tait sur ses expériences spirituelles.
Celles-ci peuvent être de type ordinaire ou de type extraordinaire (le spiritisme,
la crypthesthésie, la mancie, tout ce qui relève de la perception de l'influence
et des apparitions extrasensorielles).
La dimension parapsychologique joue un double rôle dans le domaine des sectes : premièrement une sorte d'affirmation que le groupe possède la vérité car l'adepte est confronté à des faits, et deuxièmement une pression psychologique qui le maintient comme de force à l'intérieur du groupe ².
C'est là où une autre source de spiritualité est vitale car elle introduit la possibilité d'une "critique spirituelle" comme pour les gens de Bérée dans le Nouveau Testament en Actes 17 : 11.
Ensuite la référence qui nous vient à l'esprit est celle des Proverbes dans l’Ancien Testament où l'auteur nous invite à la raison et à la réflexion (Pr. 3 : 21), car on pourrait imaginer à tort que la spiritualité écarte l'intelligence pour laisser la place uniquement à l'affectif.
Une autre référence importante
à nos yeux se situe dans le Nouveau Testament en 1 Corinthiens 13 : 9 qui
permet d'affirmer que notre connaissance des choses est uniquement partielle.
Ce texte contrarie les affirmations infaillibles et absolues des sectes et
nous replonge dans le cadre d'un monde imparfait.
Cela nous amène à dire que l'expérience spirituelle d'un ex-adepte est respectable
dans son essence et nous conduit à penser qu'il peut réorienter sa croyance
par une réflexion personnelle accompagnée s'il le désire par les représentants
des religions "officielles" (catholiques, protestants, orthodoxes
etc.).
Dans ce domaine, les associations ne peuvent que passer le relais à des personnes formées dans les milieux dit "religieux" pour permettre un suivi adéquat. Leurs lieux de culte, expression de leur foi, sans contrôle sur la personne, peuvent aussi être une source de reconstruction et d'insertion de la personne par les diverses possibilités de rencontres qu'ils offrent.
Maintenant, un des facteurs pour une main mise sur l'individu est de contrôler le flot d'informations dans l'environnement de celui-ci.
Donc une difficulté surgit avec une question : comment se libérer de ses années de dépendance excessive?
Une façon d'apprendre l'art de penser, est de se poser des questions qui permettent à l'esprit de travailler dans le domaine du relatif. Des questions qui n'ont pas de réponses catégoriques.
Il faut de la discipline pour redresser l'esprit après son engourdissement dans un gel profond perpétré par la secte.
Comme le cerveau des anciens adeptes a été muselé pendant un certain temps, il est utile d'être disponible et disposé à méditer, à s'étonner ou à réfléchir sur différents sujets.
3 / L'aspect social.
Un des plus grands obstacles
pour un ancien adepte est de se faire de nouveaux amis.
Dans la secte tout le monde était immédiatement un ami, un frère ou une sœur,
immédiatement une famille.
Mais les relations ne se font pas immédiatement dans le monde réel et cela
pour de bonnes raisons : tout le monde n'est pas digne de confiance au même
degré, tout le monde n'a pas besoin de l'amitié de la même façon, tout le
monde ne se sent pas responsable dans une amitié de la même manière.
Le défi, en se faisant de nouveaux amis, est d'évaluer ces différences et cela prend du temps.
Ici l'idée est de construire la confiance avec un autre et "construire" prend du temps. Grâce à ces interactions relationnelles l'ex-adepte peut mettre en lumière de faux raisonnements et les toiles d'araignées idéologiques qui lui restent de la secte.
Où trouver ces nouvelles relations? Le monde associatif en France est assez important pour permettre à chacun de pouvoir investir de nouvelles occupations et contacts.
L'ancien adepte ne doit pas rester isolé et s'il a tendance à l'être, il serait préférable pour lui de rechercher une aide professionnelle aussi vite que possible.
Cela nous amène à proposer une
ébauche du rôle du travailleur social.
Dans un premier temps nous lui proposons une tâche d'information qui donnerait
certainement l'occasion d'agir en terme de prévention.
Cette information serait à la disposition du public dans les lieux où le travailleur
social est présent.
Elle contiendrait les différents effets qu'une adhésion à une secte peut provoquer
et son processus.
Ensuite, il aurait un rôle d'accompagnateur
pendant lequel il assurerait le suivi des familles sollicitant une aide.
Celle-ci pourrait être d'ordre matériel aussi bien que d'ordre psychologique.
Et enfin un rôle d'orienteur et de médiateur lui serait conféré : diriger les sortants de secte vers des services médicaux susceptibles de répondre, dans certains cas, à la nécessité d'une thérapeutique spécialisée.
Son rôle pourrait aussi concerner la réadaptation de l'individu à la vie professionnelle et lui commanderait alors une orientation vers la reprise d'études, l'apprentissage ou des stages divers.
Le professionnel se situerait ici en temps que tremplin entre le groupe sectaire et la société "en ouvrant des perspectives".
Mais comment ?
En aidant la personne à reconstruire son identité sociale par des régularisations
administratives (papiers d'identité, sécurité sociale, problème de justice
etc.), par une aide à trouver un logement, une aide à la gestion de la vie
financière.
Ensuite nous pensons à la reconstruction d'une identité en tant que sujet, acteur de sa vie, en faisant évoluer sa propre image, en suscitant le désir de relation avec autrui, en redynamisant les centres d'intérêts de la personne, en reconstruisant des liens affectifs, en aidant à la gestion de la vie physique.
Cette action d'aide sociale axée sur la responsabilité de la personne est basée sur un "acte" essentiel et indispensable : LA PAROLE.
C'est l'outil primordial dans la relation éducative, elle est le support de toute cette démarche d'insertion.
Au niveau de l’intégration et
l'insertion des sortants de secte à la société, pratiquement tout est à faire.
Les besoins grandissent mais les solutions adéquates pour accompagner les
ex-adeptes sur le chemin de la réhabilitation sont en gestation.
Nous sommes en présence d'un
travail qui implique un investissement collectif et individuel.
Nous sommes confrontés à un constat, depuis la parution du rapport Vivien
en 1985, la France a certes évolué dans son engagement dans la lutte contre
le principe sectaire.
Mais nous percevons l'orientation de l'implication des associations concernées
et de l'Etat vers au moins deux directions. Le combat contre les sectes se
dirige soit vers une lutte militante de procédure juridique soit vers une
constitution de dossier informant sur le contenu de la “ secte ”, sans toutefois
favoriser un suivi éducatif et un accompagnement de vie.
Pour ma part je pense sincèrement que les associations souhaiteraient répondre à ce besoin mais les manques de moyens financiers et de professionnels en ce domaine sont un handicap certain.
L’application de la Loi reste
un élément essentiel constitutif du fonctionnement de notre société mais il
me semble vital de ne pas en rester là.
Alors que faire ? La balle est, certainement et par défaut, dans le camp des
initiatives privées.
Il faut savoir que près de quatre vingt pour cent des prises en charge dans le domaine social sont, dans notre pays, effectuées par des associations à but non lucratif régient par la loi de 1901.
Lorsque nous avons à faire à
l’Homme, la Loi n’est qu’une partie de ce qui nous constitue car il est impossible
de codifier la Vie à moins d’être dans un régime totalitaire.
Ainsi sous prétexte de respect des libertés, le problème est délicat, nous
nous faisons complices du maintien des personnes dans les sectes et certainement
du recrutement de futurs adeptes.
Que Faire ? "L'union fait la force", une solution possible et réaliste
serait de regrouper des personnes motivées, des fonds, qui permettront une
lutte efficace et professionnelle contre l’handicap social de l’ancien adepte.
Cette action éducative est novatrice,
dans laquelle la prise de risque est importante. L'ancien adepte est une personne
qui a besoin, certainement à des degrés divers, d’aide et de soutien pour
apprendre de nouveau à vivre dans la société et en société.
Alors que ceux qui sont prêts à s'investir dans ce projet pilote se fassent
connaître afin de construire ensemble un Centre d'Accueil.
Texte original date de 1996 modifier pour le 1er site de vigi-sectes.
² Nous souhaitons apporter
aux lecteurs la possibilité d'une réflexion dans ce domaine au travers d'au
moins deux ouvrages critiques : le premier traite le sujet sur le chemin du
scepticisme d'un point de vue psychologique et le deuxième affirme la réalité
des phénomènes pour mieux les dénoncer, du point de vue de la cure d'âme.
ALCOCK James E., Parapsychologie : science ou magie ?, Flammarion, 1981, pp.
379.
KOCH Kurt E., Occultisme et cure d'âme, Emmaüs, 1972, pp. 359.